Il n’est pas rare d’entendre des témoignages de personnes qui se sont soignées en utilisant les plantes et les médicaments. Face à de tels témoignages, d’autres gens, plus orientés vers les sciences exactes, restent sceptiques tout en assimilant, à tort ou à raison, ces faits au hasard ou à la chance. D’un autre côté, la popularité grandissante des produits phytothérapeutiques entraine des risques d’interactions entre plantes médicinales et médicaments conventionnels. Qu’en est-il en vrai ? Quels risques encourent ceux qui utilisent les deux pour se soigner et quelles sont les précautions à prendre ? Deux spécialistes nous ont aidés à voir plus clair.

Le point

La médecine conventionnelle suggère de ne pas consommer de plantes médicinales si on prend des médicaments. Pas parce que les plantes n’ont pas de vertus guérisseuses ou que ces dernières soient mises en doute, mais parce que les idées selon lesquelles l’association plantes et médicaments donnerait pour résultat une guérison rapide et efficace n’ont pas été totalement démontrées. Toutefois, par rapport à ces interactions, divers cas ont été documentés et de nombreuses observations ont été faites.

Il existe des plantes qui diminuent radicalement l’efficacité de certains médicaments. De même, il en existe qui augmente considérablement l’efficacité de médicaments bien précis s’ils sont combinés. Par exemple :

  • Le ginseng peut annuler l’action des inhibiteurs de la monoamine oxydase, augmenter l’effet des anticoagulants, augmenter l’effet de certains stéroïdes et potentialiser l’effet de médicaments antidiabétiques. Pris avec du café, le ginseng donne souvent des palpitations cardiaques et de l’insomnie.
  • La réglisse augmente la perte de potassium causée par les diurétiques et peut augmenter l’effet des corticostéroïdes.
  • Le gingembre peut affecter le métabolisme et la distribution d’un grand nombre de médicaments.
  • Le ginkgo biloba, lorsqu’il est pris conjointement avec de l’aspirine, augmente les risques d’hémorragie interne spontanée.
  • La propolis récoltée dans les ruches d’abeilles augmente l’efficacité de l’antibiotique tétracycline par environ 700 %.

On aurait pu donner plus d’exemples, mais on n’en finirait pas. Il existe de nombreuses interactions possibles entre plantes et médicaments qu’on ne peut connaitre, et encore moins prévoir. Lorsque l’on prend un médicament, il rentre en contact avec tout ce que l’on a ingéré : aliments, boissons, suppléments, plantes médicinales. La rencontre avec ces derniers peut donc modifier la façon dont le médicament sera absorbé, métabolisé, distribué puis éliminé. Et c’est de là que peuvent découler des conséquences allant de moins graves à mortelles.

Que faire ?

Se renseigner, se renseigner et se renseigner. Il est impossible de savoir comment vont réagir les substances que nous ingérons si ce n’est en dialoguant avec des spécialistes de la question. Herboriste, naturothérapeute, Tradipraticien, médecin, pharmacien, tous doivent nous aider à faire les bons choix pour notre santé. La collaboration et le dialogue avec ces spécialistes favoriseront un suivi pertinent et nous éviteront les interactions indésirables.

La volonté de se tourner vers les traitements à base de plantes vient en grande partie des risques induits par la médecine moderne. En effet, on estime qu’un quart des médicaments conventionnels présente des risques d’accident pouvant compromettre la santé ou la vie des malades (P. Even, B. Debré, Guide des 4000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux). Mais d’un autre côté, tout ce que l’on trouve dans la nature n’est pas forcément apte à préserver notre santé et à accompagner les médicaments que nous prenons. Certaines interactions peuvent être mortelles. Pour cela, il importe de chercher à connaitre quoi conjuguer, de rester à l’écoute de notre corps, et de dialoguer avec un spécialiste sur tout changement observé, aussi insignifiant soit-il. Les petits changements peuvent, comme la pointe d’un iceberg, cacher de problèmes complexes et impossibles à réparer une fois le mal fait.

Johnny Jean

Avec la collaboration de Wellington Derameau, Pharmacien

Et de Dr Marie Roberte Laurent, Naturopathe